J’ai commencé à « voyager » avec le tambour chamanique à l’âge de 19 ans, j’ai 34 ans aujourd’hui. Ma première expérience fut renversante. Le tambour guidé par une femme chamane issue de la voie Lakota, me propulsa dans une série de mondes aussi lumineux que sombres, qui me signifièrent les aspects de mon histoire à guérir. J’ai continué à « voyager » avec la guidance de cette femme quelques années, à être initiée, à sentir, à transformer, à guérir.

Peu de temps après mes premiers voyages, ma guide m’invita à construire mon propre tambour. Nous passâmes un week-end toutes les deux dans sa cabane à créer cet objet magique. Cet ouvrage me permit de me connecter à l’essence même de la construction d’un tambour rituel et vibratoire : sentir son bois, assouplir la peau, me relier à l’esprit de l’animal, monter la mailloche.

Et par la suite, d’autres tambours se sont invités dans mon univers : des tambours qui ont leur place en fonction des lieux et des cérémonies auxquelles je participe ou que j’organise.

Le tambour s’est imposé comme un être à part entière qui fait dorénavant partie intégrante de ma vie. Il est un guide et un fin guérisseur pour les sessions que j’ouvre depuis quelques années en individuel et en groupe, et un allié dans ma pratique chamanique.

J’ai à cœur de vous partager un peu de sa pulsation laissée à travers le temps et l’espace.

Le chant du tambour

Le son du tambour est appelé un « chant » car il n’est pas seulement un son sourd, il constitue un véritable orchestre à lui tout seul. En fonction du type de tambour, de la peau choisie, de sa tension (souple, tendue, très tendue, etc.), du bois pour le cadre du tambour, de la mailloche, et de la sensibilité de celle ou de celui qui écoute : on peut y entendre d’autres instruments de musique, des chants de la nature ou encore des chorales de voix de femmes et d’hommes lorsque la personne au service du tambour se met à jouer. Les sons perçus sont multiples et variés.

Le chant du tambour vibre en résonance avec le cœur de Mère Terre et invite notre cœur à se synchroniser avec lui. Il résonne comme le battement unifiant tous les battements de cœurs en connexion à travers le monde.

Il est messager de la terre, de sa voix, la pulsation interne de toute vie, un rythme puissant relié à l’énergie universelle, en lien avec les 4 éléments (feu/eau/air/terre) et la puissance des 7 Directions (Est/Sud/Ouest/Nord/Souterrain/Ciel/Centre). Associé au son de la création, le tambour reflète le ventre rond et fécond qui donne naissance à la vie primordiale. Lorsqu’il est touché par la main ou par le bâton, porté par le souffle de l’espace, l’univers apparaît.

Depuis toujours, le chant du tambour soutient l’invocation (l’appel de l’énergie des esprits alliés et guides d’autres plans de conscience, de la nature, des esprits animal, végétal, minéral, etc.) et la prière. Il accompagne la purification des lieux ou des espaces, et amène protection là où cela est demandé.

On attribue ainsi à un battement vigoureux du tambour l’éloignement des mauvais esprits qui répandent désordre et maladie, et la création d’un espace purifié propice à la santé et au bien-être.

Il est connu pour être une porte qui facilite le passage entre les mondes, et un support, tel un tapis volant, pour guider d’un monde à un autre en fonction de l’intention posée (par exemple : aller rencontrer son animal totem). La.le chaman utilise les pouvoirs du tambour pour partir dans d’autres dimensions, d’autres royaumes, afin de récupérer des indications ou des énergies nécessaires à une situation, pour chercher de quoi guérir ses patient.e.s, ou encore pour accompagner les rites funéraires et les naissances.

Le rythme soutenu et rapide du son du tambour apporte une altération de la conscience, et offre l’accès à d’autres formes d’informations en soi et autour de soi. Les personnes présentes lors d’une session-rituel peuvent aussi elles-mêmes recevoir des messages.

Ses origines : les femmes porteuses de tambour

Si l’utilisation du tambour chamanique s’est aujourd’hui largement démocratisée, nous n’en connaissons pas réellement les origines. On l’associe avec un peu trop d’empressement aux chamanes mongoles ou aux Indiens d’Amérique alors qu’elle puise ses racines dans des temps bien plus anciens chez différents peuples de la terre, et dans une relation intime avec le féminin sacré.

Des travaux d’archéologues et d’anthropologues ont clairement défini qu’à l’aube de l’humanité, le sacré était féminin. On y vénérait la Grande mère des origines (fondée sur la puissance de création du féminin). Avant l’apparition de palais gouvernés par les hommes, s’élevaient des temples dirigés par les femmes ; la vie et les cités se créaient autour de ces temples honorant la Déesse.

À travers leurs recherches, ils ont pu établir qu’entre – 5000 et – 30 000 ans avant notre ère, dans de nombreuses sociétés, les rituels étaient soutenus par le rythme scandé des tambours, eux-mêmes portés par les femmes, les prêtresses. Il en était de même dans la plupart des sociétés chamaniques antiques : les chamanes étaient des femmes. Les femmes « porteuses » de tambours correspondent donc à une réalité très ancienne.

Ces faits historiques récents viennent modifier l’idée reçue selon laquelle le tambour chamanique serait né dans des tribus sibériennes et mongoles (desquelles on connaît mal les origines ) dont les recherches ethnographiques remonteraient à seulement deux mille ans.

Par son minutieux travail d’investigations, Layne Redmond dans son ouvrage « La Femme TAMBOUR » nous offre de précieuses informations à ce sujet, grâce aux peintures et sculptures pariétales des Premières Civilisations où les cheffes spirituelles étaient des femmes (vénérées comme source universelle à travers le sang, l’enfant, le lait nourricier), nous pouvons clairement établir le lien entre leur pouvoir spirituel et les percussions ; un lien qui existait déjà bien avant l’invention de l’écriture.

Les bâtons de tambour (ou mailloches), retrouvés -30 000 ans avant notre ère régulièrement représentés avec une vulve, auraient aussi servi, non seulement à jouer du tambour mais aussi comme calendrier lunaire ou encore comme marqueur des cycles menstruels.

Depuis la préhistoire, le tambour sur cadre, dans le bassin méditerranéen, est associé au tamis (le tambour, lui aurait-il donné vie ?) : il joue le rôle symbolique de réceptacle sacré du grain, de la nourriture. Le tambour est associé au féminin, à la fertilité, aux graines, à la lune, au soleil et aux eaux primordiales.

Dans l’antiquité, de la Grèce à l’Égypte, c’est la Déesse qui transmet le rythme aux humains. C’est la Déesse au tambour qui sert d’intermédiaire entre les mondes divin et humain. En entrant en syntonie avec les rythmes sacrés, elle absorbe l’énergie divine, la transforme et la transmet à la communauté. La connexion entre les percussions et les femmes s’avère clairement effective et ancestrale.

Aujourd’hui, le tambour et ses vertus

Dans de nombreuses cultures, la guérisseuse ou le guérisseur induit volontairement l’expérience chamanique par le son du tambour, qui lui provoque une transe extatique ; il peut alors « voyager » dans des « mondes parallèles », le monde des esprits, rencontrer le monde subtil d’une tribu ou d’une personne pour l’aider à la prise de conscience, à guérir, à rétablir l’harmonie.

Le son du tambour permet des allers-retours entre divers univers et cette réalité. Lors d’une session, c’est le battement rapide et continuel de celui-ci, tel un fil rouge, qui maintient le lien avec la réalité dite « ordinaire » et lui permet de revenir sain et sauf dans notre dimension terrestre de l’ici et maintenant.

L’interdépendance entre ces royaumes est universellement symbolisée par l’Arbre de vie, lui-même symbolisé par le cadre en bois du tambour ou la baguette, un moyen de transport pour celle ou celui qui voyage.

Plus récemment, la neurologie (cf. Andrew Neher) a démontré que le rythme du tambour est un puissant conducteur auditif capable de moduler la fréquence des ns ondes cérébrales et de faire ainsi passer un individu en mode Alpha (détente, bien-être), voire Thêta (méditation profonde, subconscient). Il est capable de synchroniser nos deux hémisphères cérébraux.

Par ailleurs, nous savons que la synchronisation du corps et de l’esprit par les percussions et le rythme se situe à la base des plus vieilles traditions religieuse (de l’Indus, de Mésopotamie et du Nil). Cette technique sacrée perdure de nos jours.

L’état de transe peut être vécu grâce aux tambours, à leurs chants, leurs rythmes et leur puissance. C’est une occasion d’élargir notre champ de réalité et de vision et d’avoir accès à un champ d’informations plus vaste.

Ainsi nous savons aujourd’hui que la transe offre la possibilité de passer d’un mode de pensée analytique à un mode de pensée plus intuitif, tourné vers l’expérience immédiate. Ceci grâce à une désactivation du cortex préfrontal (régissant le raisonnement, l’inhibition, le contrôle des actions, la prise de décision, etc.) et à une activation du cortex postérieur somatosensoriel (zone recevant les informations provenant de la surface du corps). Les schémas de pensées habituels se dissolvent. L’état de conscience modifiée, chez les sujets non pathologiques, nourrit la créativité, peut amener plus de lucidité et apporter une compréhension et une connaissance expansée du soi, de son histoire, et de l’univers. La transe se révèle donc source d’un potentiel extraordinaire encore trop peu exploité chez l’être humain.

De nos jours, la pratique chamanique contemporaine donne la possibilité à tout.e à un.e chacun.e de réaliser son propre voyage lorsqu’elle.il est accompagné.e par des facilitateurs.rices expérimenté.e.s. Les études sur la transe nous permettent de savoir que nous sommes toutes et tous en mesure de rentrer dans cet état, de vivre ce phénomène, qui comporte différents degrés et niveaux (tels que la méditation, la respiration, l’hypnose, le rêve éveillé, etc.). On sait que jouer du tambour régulièrement favorise un lien harmonique et harmonieux avec la nature et nourrit une vie plus et riche au niveau spirituel.

De plus, le fait de jouer ensemble, dans un cercle de tambours en co-créant un rythme par exemple, élève le taux vibratoire et fortifie le lien entre les êtres. Ce genre de cercle invite à se connecter à son propre rythme, comme à celui qui naît du collectif ; l’énergie présente permet de prendre conscience de son potentiel, ouvre des portes pour se libérer d’entraves personnelles, de limitations, de tabous, conscients ou inconscients, d’un faux-self, ou d’une mauvaise estime de soi.

Comme dans la méditation, les percussions mobilisent le mental : elles court-circuitent son bavardage.

La puissance rythmique – tel un battement de cœur – qui habite l’âme et la connecte au spirituel a d’autant plus besoin de se vivre dans nos sociétés modernes trop connectées aux écrans et déconnectées du sacré, des cycles et du vivant. Faire chanter le tambour, en nous ouvrant l’accès à d’autres plans de réalités et champs de conscience, nous émancipe de cycles destructeurs et nous invite à vivre des retrouvailles avec nous-même. Le tambour se présente comme l’instrument essentiel de l’expérience spirituelle pour nous reconnecter à notre intime souffle divin.

Retrouvons ce son dans nos rondes, ce rythme qui ordonne la matière, le pouls de la vie, de nos vies. Retrouvons nos propres rythmes en harmonie avec la vie de la terre, de la création, notre essence profonde. J’en fais le souhait.

 

Marion Rebérat (www.terre-happy-universelle.fr)

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Ressources et inspirations :

Études du professeur Pr Flor-Henry

Études de Corine Sombrun

Layne Redmond La femme Tambour