Comprendre, voir et dénouer les conditionnements
qui nous éloignent de notre essence
Il m’arrive souvent, en séance, d’entendre cette phrase, prononcée sur un ton où se mêlent la lassitude et une forme de résignation discrète : « Je retombe encore et toujours dans la même situation. Je ne comprends pas pourquoi. »
Cette répétition, ce retour cyclique vers des situations douloureuses, des relations qui blessent, des choix professionnels qui mènent à l’impasse, des émotions qui submergent sans cesse de la même manière… C’est l’une des constatations les plus universelles que je reçois.
Et derrière cette observation, il y a une âme qui commence à s’éveiller. Une âme qui sent que l’ornière est confortable à sa manière – elle est connue, elle rassure par sa prévisibilité – mais qu’elle ne mène nulle part ailleurs qu’à la survie.
Ce que l’on croit de soi : l’image construite, héritée, projetée
Nous ne naissons pas avec une identité figée. Nous naissons comme une pure potentialité, une conscience non encore cristallisée.
Puis viennent les premières relations, les regards, les paroles, les attentes. L’environnement familial, religieux, culturel, social, nous offre un miroir. Ce miroir nous renvoie une image de qui est attendu de nous, de qui nous devrions être.
« Tu es le gentil de la famille. »
« Tu es la personne trop sensible. »
« Tu es celle qui n’y arrivera jamais seule. »
« Tu ressembles tant à notre bel oncle Bob »
« Tu es celui qui doit réussir pour réparer l’honneur perdu. »
« Tu es l’éternel déçu. »
« Tu es faible. »
« Tu es forte, trop forte, tu n’as besoin de personne. »
Ces projections, nous les intériorisons. Elles deviennent notre persona au sens jungien – ce masque que nous présentons au monde. Mais elles deviennent aussi, plus profondément, l’histoire que nous nous racontons sur nous-mêmes. Une histoire qui se construit en couches successives, comme des sédiments déposés année après année. L’enfant que nous étions a dû, pour survivre psychiquement, s’adapter. Il a développé des constructions caractérielles : des stratégies de protection, des façons de faire face à l’insécurité, à l’amour conditionnel, au chaos émotionnel des adultes, à l’absence de reconnaissance.
Cette résilience précoce est admirable. Elle nous a permis de tenir debout. Mais elle a un coût. Et ce coût, c’est l’éloignement progressif à notre essence. Nous avons appris à être ce que l’on attendait de nous, à réprimer ce qui débordait, à taire nos intuitions, à étouffer notre joie profonde si elle dérangeait, à jouer le masque du « tout va bien », à être caméléon. Nous avons construit un Moi solide, parfois appelé « faux-self » mais ce Moi est parfois devenu une prison.
La limite de la survie : quand le mode d’emploi ne suffit plus
Jung disait que tant que nous n’avons pas rendu conscient l’inconscient, celui-ci dirige notre vie et nous l’appelons destin.
Les schémas répétitifs, les actes manqués, les blessures, sont les manifestations visibles de ces forces inconscientes. Ils sont la mémoire du corps, de l’âme, de l’histoire familiale qui continue à s’écrire à travers nous.
La survie a son propre langage. C’est le langage de l’adaptation à un environnement qui n’était pas sécurisant. C’est le langage de la compression de notre singularité pour entrer dans un moule.
Mais un jour – et ce jour vient toujours, parfois dans une crise, parfois dans une lassitude sourde, parfois dans une dépression ou un burn-out – la survie ne suffit plus. L’âme réclame plus. Elle réclame l’épanouissement. Elle réclame l’expression de ce qui est unique, intime, véritablement Soi.
C’est à ce moment que le sillon si connu devient insupportable. Non pas parce qu’il est plus profond qu’avant, mais parce que notre conscience s’est élargie. Nous avons entrevu, ne serait-ce qu’un instant, qu’une autre vie est possible. Une vie où nous ne serions plus définis par nos blessures, mais par nos dons. Une vie où nous ne serions plus en réaction constante, mais en création.
Oser entreprendre le chemin d’affranchissement
Sortir des schémas répétitifs n’est pas une affaire de volonté. C’est une affaire de conscience, de présence et d’incarnation. Je vois trop de personnes essayer de « casser » leurs schémas par la seule force de la discipline mentale ou comportementale – et s’épuiser. Parce qu’un schéma répétitif n’est pas une « mauvaise habitude». C’est un morceau vivant de notre histoire, une blessure qui appelle à être reconnue, non combattue.
Le véritable affranchissement commence par un geste simple et terriblement difficile : ouvrir les yeux sur son manège de chevaux de bois sans se juger.
Regarder le chemin que nous avons emprunté mille fois, voir le fond du sillon, sentir la pente qui nous y ramène inexorablement, et dire : « Oui, c’est là que j’ai marché. Oui, il y a des raisons à cela. Oui, ces raisons ont été des stratégies de survie. Mais aujourd’hui, je ne suis plus en survie. Aujourd’hui, je peux choisir autrement. »
Ce choix n’est pas un choix forcé. C’est un choix qui émerge de la douceur, de l’accueil, de la reconnaissance de ce qui a été.
La non-dualité, dans cette perspective, n’est pas un déni des souffrances du passé. C’est la capacité à les voir comme des phénomènes – des expériences qui ont traversé la conscience – sans s’y identifier plus longtemps. Je ne suis PAS ma blessure. J’AI vécu une blessure. La différence est immense.
De l’autonomie vis-à-vis des systèmes en place
Se libérer des schémas répétitifs, c’est aussi se libérer des systèmes qui les entretiennent. Notre culture – la culture occidentale contemporaine, hyper-individualiste, productiviste, déconnectée du vivant – nous encourage à rester dans nos « persona », nos formes de personnalité. Elle nous vend des solutions rapides. Elle nous dit que nous sommes nos problèmes, et qu’il faut les résoudre par plus d’effort, plus de consommation, plus de performance.
Une approche transpersonnelle, jungienne et non-duelle propose autre chose : une désidentification progressive. Nous apprenons à ne plus nous confondre avec nos pensées, nos émotions, nos rôles sociaux, nos traumatismes. Nous apprenons à habiter cet espace intérieur qui n’est défini par rien d’autre que la conscience elle-même.
Cet espace est l’autonomie véritable. Non pas l’autonomie du Moi qui se croit indépendant et maître de lui-même – illusion typique de l’ego – mais l’autonomie de l’Être qui reconnaît son appartenance à un tout, et qui, de cette reconnaissance, agit avec justesse. C’est une autonomie paradoxale : elle est liberté intérieure radicale, et en même temps interdépendance avec tout ce qui vit.
Se rapprocher de son essence
L’essence n’est pas à construire. Elle est à découvrir. Elle est déjà là, sous les couches de projections familiales, sous les conditionnements religieux ou culturels, sous les armures caractérielles construites pour survivre. Elle est comme le soleil derrière les nuages : toujours présent, même quand on ne le voit pas.
Le travail thérapeutique, sur la voie spirituelle que j’accompagne, consiste à déposer ce qui n’est pas nous. Non pas pour devenir « meilleurs » ou « plus purs », mais pour devenir plus vrais. Plus simples. Plus accordés à cette tonalité particulière que seule notre âme peut émettre.
En pratique, comment fait-on ?
On commence par ralentir. On commence par s’asseoir avec ce qui est, sans vouloir le changer immédiatement. On observe le schéma qui se répète. On lui demande : « Que viens-tu me dire ? Quelle est la blessure ancienne que tu protèges ? Quel est le besoin non satisfait qui se cache derrière toi ? »
On accueille les émotions qui montent – la peur, la colère, la tristesse – non pas comme des ennemies, mais comme des messagères. On les laisse traverser le corps, s’exprimer, se dissoudre.
On explore les rêves. Jung nous a appris que l’inconscient parle en images. Les schémas répétitifs ont souvent leurs racines dans des rêves non compris, dans des archétypes qui cherchent à émerger. Tenir un journal de rêves, c’est ouvrir une porte vers ce qui veut naître.
On pratique la présence méditative. Pas pour « faire le vide », mais pour apprendre à habiter le corps, à sentir le flux de l’énergie vitale, à distinguer entre la voix de l’ego (qui répète les vieilles histoires) et le silence de l’Être (qui connaît déjà la liberté).
On s’entoure de personnes qui ne nous renvoient pas notre ancienne image, mais qui voient notre potentialité. Un thérapeute, un groupe de parole, un ami véritable – ces relations sont des miroirs bienveillants qui nous aident à nous souvenir de qui nous sommes vraiment.
Le courage de quitter le connu pour l’Un-connu
Quitter l’ornière demande du courage. Non pas le courage martial du héros qui affronte un dragon extérieur, mais le courage silencieux de celui ou celle qui accepte de ne plus savoir. De lâcher les certitudes. D’abandonner les identités familières, même douloureuses, pour entrer dans l’inconnu, l’inconnu que l’on est pour soi-même.
Cet inconnu, c’est la liberté. C’est la possibilité de répondre à chaque situation de manière fraîche, sans automatisme. C’est la joie qui n’a pas besoin de raison. C’est la créativité qui jaillit d’elle-même quand on n’est plus encombré par les vieilles histoires.
Les patients qui s’engagent sur ce chemin me disent souvent : « J’ai l’impression de naître à nouveau. Mais cette fois, c’est moi qui tiens le gouvernail. »
Ce gouvernail, ce n’est pas l’ego qui contrôle. C’est la conscience qui s’incarne, qui dit oui à la vie, qui ose être ce qu’elle est – unique, intime, reliée à tout.
Un dernier mot pour la route
Si vous lisez ces lignes et que vous reconnaissez vos propres cycles, sachez ceci : vous n’êtes pas brisé.e. Vous n’êtes pas en retard. Vous n’êtes pas seul.e. Les schémas répétitifs ne sont pas une preuve d’échec ; ils sont une invitation. Une invitation à plonger plus profond, à rencontrer les parts de vous qui attendent d’être vues, à libérer l’énergie qui stagne dans les vieux chemins.
Le chemin d’affranchissement est parfois long. Il n’est pas linéaire. Il y aura des retours en arrière, des rechutes, des moments où l’ornière semblera plus confortable que la route inconnue. C’est normal. C’est humain. La compassion envers soi-même est peut-être la clé la plus importante.
Et un jour, sans prévenir, vous vous surprendrez à faire un choix différent. Un tout petit choix. Prendre un autre chemin pour rentrer chez vous. Dire non à une situation, une relation, etc. qui ne vous nourrit pas. Oser exprimer ce que vous ressentez vraiment, sans le filtre de ce qu’on attend de vous. Ce petit choix ouvrira un espace. Et cet espace, agrandi par chaque nouveau choix, deviendra votre liberté.
C’est là que l’essence respire. C’est là que la vie, enfin, devient votre vie.
Pour aller plus loin : l’accompagnement individuel que je propose en visioconférence est un espace sécurisé pour explorer ces questions. Ensemble, nous pouvons regarder vos schémas répétitifs avec la douceur et la profondeur qu’ils méritent, et cheminer vers cette liberté qui est votre droit le plus fondamental.
Marion Rebérat
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– Si vous utilisez ce texte, merci de nommer vos sources, nom de l’autrice et du site internet –
MARION REBERAT Praticienne en thérapie holistique
* Praticienne en massage bien-être
* Créatrice de rituels
* Auteure